Pieds nus, sac sur le dos, et armé d’un couteau. C’est ainsi que Frantz Ledoyen exerce son métier. Celui qu’on surnomme Kakouk (parce qu’il faisait les 400 coups à l’école) est tisaneur de forêt. Depuis son plus jeune âge, il crapahute en pleine nature et grimpe aux arbres à la recherche de plantes médicinales. Un véritable tarzan qui connait la montagne de l’Entre-Deux sur les bout des orteils.

C’est à l’âge de six ans que Kakouk prend le chemin de cette pratique ancestrale, aux côtés de son père, lui aussi tisaneur. Ensemble, ils parcourent les hectares de forêt dont ils connaissent les propriétaires. Et au départ, pour le petit Frantz, c’est loin d’être une passion. « Il me disait ‘tu vois l’arbre au loin, tu traverses la ravine, tu me ramènes une feuille’. J’avais peur. Si je rentrais sans avoir trouvé, il me disait d’y retourner », se souvient le quinquagénaire. De sa fratrie, composée de huit enfants, Kakouk est celui qui enregistre le mieux les précieuses informations liées aux plantes et leurs vertus. Et les Zerbaz deviennent son dada !

Grâce au savoir acquis au fil des années, notamment par le biais d’un pharmacien rencontré sur le marché de Saint-Louis, où il vendait des tisanes avec son père le samedi matin, l’Entre-Deusien devient même un acteur incontournable de la filière ‘plantes médicinales’ à La Réunion. Dès 2000, il participe à des réunions avec des médecins et pharmaciens. Avec l’Aplamedom (association pour les plantes aromatiques et médicinales à La Réunion), il œuvre pour l’inscription des plantes réunionnaises à la pharmacopée. Vingt-deux ont depuis été inscrites dans cet ouvrage réglementaire destiné aux professionnels de santé. De quoi donner plus de crédibilité à leurs bienfaits déjà empiriquement démontrés.

« Les gens ont des résultats, donc ils reviennent »

Aujourd’hui, la réputation de Frantz Ledoyen n’est plus à faire. Les clients se pressent à son domicile un samedi sur deux pour obtenir ses précieuses tisanes guérisseuses. Des tisanes qui se méritent : se rendre chez Kakouk, c’est un petit périple. Nichée dans les Hauts de l’Entre-Deux, sa maison est la dernière avant le Dimitile. Si on y accède en voiture sans problème, il faut tout de même affronter de nombreux virages. Pour ceux qui habitent à l’autre bout de l’île, ses tisanes sont parfois vendues dans la pharmacie de la Trinité à Saint-Denis et sur le marché forain du Chaudron.

« Certains médecins envoient leurs patients nous voir », précise le tradipraticien. Cholestérol, rhume, diabète, douleurs articulaires, stress… autant de maux du quotidien pour lesquelles les plantes peuvent en effet être un véritable miracle. « Les gens prennent la tisane et ils ont des résultats, donc ils reviennent », se réjouit-il, précisant toutefois que les maladies graves (comme le cancer ou le Sida) ne peuvent être soignées avec des plantes.

« Attention aussi à ne pas jouer les apprentis sorciers », souligne Frantz Ledoyen. Car certaines plantes peuvent être toxiques, et les utiliser demande de véritables connaissances. Des connaissances qu’il a d’ailleurs commencé à transmettre à une ancienne stagiaire devenue nutritionniste, histoire de passer le flambeau – ses deux filles ayant préféré suivre une autre voie en métropole. Un livre intitulé « Soigner par les plantes : Kakouk dévoile » permet aussi d’éclairer le grand public.

S’il était une plante, Kakouk serait le chandelier rouge, « un bois solide qui soigne le diabète ». De quoi permettre de soulager un très grand nombre de personnes à La Réunion. C’est bien là toute l’ambition d’un tisaneur.