Il y a près d’un an et demi, Julie a lancé sa marque au Brésil : Flor da Mata. La Réunionnaise confectionne des accessoires faits-main : sacs, pochettes, baluchons et serviettes de plage, le tout à partir du traditionnel tissu imprimé, la (ou le) chita. Un tissu coloré et fleuri originaire d’Inde, appelé chintz, passé par l’Europe avant d’être apporté au Brésil par les Portugais au XIXème siècle, où il a été adopté et adapté. 

Devenue très populaire, la chita a été délaissée par la jeune génération. Mais Julie, tombée sous le charme de ce tissu à son arrivée dans ce pays, il y a trois ans, s’est lancé un défi : le remettre au goût du jour. Une idée ingénieuse, alors que le wax (tissu imprimé et coloré également appelé tissu africain) est au summum de la tendance.

A la fois créatrice, couturière, responsable communication et webmaster, la Dionysienne aimerait désormais agrandir son équipe pour permettre à Flor da Mata de prendre un véritable envol…. Tout en restant fidèle à sa démarche éthique et solidaire, dans la vague du « slow fashion »* . Interview.

Apressi : Dites-nous ce que signifie ce joli nom, Flor da Mata.

Julie : En portugais, flor = fleur et mata = forêt. Mais pas n’importe quel type de forêt, la “mata atlântica”, qui n’existe qu’ici au Brésil et qui est la source d’inspiration des imprimés de la chita. La chita c’est un tissu fleuri très coloré, traditionnel au Brésil, mais que les jeunes générations ont oublié. Il ne reste que très peu de fabriques de chita, et elle n’est produite qu’ici. Flor da Mata c’est donc un hommage à deux éléments typiquement brésiliens : la chita et la mata.

Comment vous est venue l’idée de lancer votre propre marque ?

À la base, je me suis fait une serviette bi-matière, avec de la chita sur une face et la serviette de l’autre. J’ai “flashé” sur ce tissu dès mon arrivée au Brésil. Bien qu’on m’ait dit à plusieurs reprises : “C’est un vieux tissu ça !”, j’ai insisté, et peu à peu c’est devenu le défi : moderniser la chita, que les jeunes brésiliennes soient fières d’arborer un accessoire fait de chita. Ça a commencé comme ça.

Votre marque à une vocation solidaire et éthique. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

Je crois à un mode de consommation différent alors j’ai essayé d’inscrire Flor da Mata dans une démarche éthique et solidaire, par cela j’entends :

– placer l’humain au coeur de l’organisation (que ce soit l’artisan, le fournisseur ou le client). Nous prônons un mode de production “Slow” (mouvement Slow Fashion)

– faire bénéficier d’une partie de notre énergie et de nos ventes à la vie de notre localité (associations sportives, ONGs), une cause différente tous les mois (le calendrier 2018 est disponible)

– créer un label 100% Brésil. Là-bas, inconsciemment, on accorde beaucoup plus de crédibilité à tout ce qui est importé, et on dénigre la production nationale. Flor da Mata va à l’encontre de ces clichés en offrant des pièces de qualité et dans l’ère du temps, en se procurant ses matières premières “super-localement”.

– se rapprocher de la certification Fair-Trade. Nous choisissons nos partenaires avec soin, pour évoluer ensemble vers cet objectif.

Vous vendez sur internet depuis un an et demi, mais souhaitez désormais passer un nouveau cap…

Flor da Mata existe en effet depuis plus d’un an, les ventes ont commencé localement, puis se sont étendues à l’Europe, l’Australie, aux États-Unis et au Canada. Aujourd’hui, il m’est très difficile d’assumer toutes les tâches seule. Je pense que j’ai atteint un stade ou Flor da Mata doit sauter le pas, intégrer d’autres professionnels, augmenter la production pour répondre à la demande, avoir son propre local etc. Tout en préservant ses valeurs évidemment !

Dites-nous en plus sur vous et sur ce qui vous a motivée à partir au Brésil

J’ai 31 ans dans quelques jours, je suis née à Saint Denis, où j’ai fait ma scolarité. Après le bac j’ai intégré l’Ecole des Beaux Arts au Port, j’ai donc migré vers l’ouest. Après la licence, j’ai un peu dévié de parcours et passé le concours de l’Ecole d’Architecture. Après les trois années disponibles sur l’île, j’ai continué le Master à Bordeaux. Stage, mémoire, diplôme et c’était bouclé. Libre de toute obligation et date butoire.

C’est à ce moment la que (après avoir réussi à convaincre ma mère) j’ai acheté mon billet d’avion pour le Brésil. J’y pensais déjà depuis quelques années, mais j’avais des choses à terminer avant.
Et le Brésil c’était un challenge personnel, une curiosité pour la culture sud-américaine, l’envie d’apprendre une nouvelle langue, de voyager loin et seule pour la première fois et voir ce dont j’étais capable de faire.

Votre marque vous permet-elle de vivre aujourd’hui ? 

Au début, et pendant quelques mois j’ai continué à donner des cours de français (mon activité précédente). Mais je me suis vite rendue compte que je devais choisir une des deux activités, car étant un peu perfectionniste, je n’avais plus de vie personnelle à vouloir faire de mon mieux dans les deux activités. Du coup, mon mari et ma famille m’ayant donné leur appui, je me suis dédiée entièrement à la couture. Pour le moment comme je le disais plus haut, je suis un peu bloquée au niveau productivité. Flor da Mata me permet de vivoter dirons-nous ?

Y’a-t-il des similitudes entre la vie au Brésil et celle à La Réunion ?

Florianopolis est la ville qui a le plus haut taux de sécurité du Brésil, 42 plages, énormément de surf, un été durant lequel la population triple avec les touristes, alors oui je dirais que ça ressemble assez à la Réunion. En plus de la nourriture (base de riz/grains) et de la végétation de bord de mer, les gens sont très ouverts et il y a une mixité culturelle assez similaire. Et puis c’est une île, alors bon… je ne suis pas au maximum du dépaysement !

Pensez-vous revenir un jour vivre sur votre île ?

Je m’imagine y retourner oui, mais pas tout de suite. J’y ai vécu 25 ans, il a été difficile pour moi de quitter la Réunion, mais maintenant j’aimerais explorer un peu ! Et puis étant longboardeuse … je vous avoue que pour le moment, ce n’est pas envisageable.


Pour aider Julie dans son projet, vous pouvez participer à sa campagne de financement participatif sur : 
fr.ulule.com/flordamata/

 

* L’expression slow-fashion, en opposition au fast-fashion, désigne la production de vêtements alliant mode, qualité, éthique et durabilité.