Il veut dire « adieu » au plastique. Avec sa marque « Goodbye Plastic ! », le Saint-Pierrois Tristan Simille entend apporter une alternative « durable, fun et esthétique » aux Réunionnais. Le formateur commercial de 39 ans propose des pailles, brosses à dents et blaireaux en Bambou, fabriqués en Thaïlande par une petite équipe d’artisans. Une initiative concrétisée en mai dernier, née d’un déclic au lendemain du passage de la tempête Berguitta, devant une plage jonchée de détritus. Interview.

 

Apressi : Qu’est-ce qui vous a donné envie de lancer cette marque ? 

Tristan Simille : Depuis des années je suis intéressé par les enjeux écologiques en général. Je fais partie des (nombreux) citoyens qui agissent au quotidien pour ne pas aggraver la situation. En 2017, ma famille a participé au « Défi Famille Zéro Déchet » organisé par l’association Zéro Déchet La Réunion qui nous permet de mettre en place des actions à la maison pour réduire nos déchets, et cela a fonctionné. Puis suite aux cyclones de début 2018, j’ai participé à de nombreuses opérations de ramassage de déchets. Le plastique était partout. Ça été un choc. À la Réunion, l’enjeu des déchets est très visuel. Il suffit de voir la montagne que nous fabriquons à Pierrefonds qui ne fait que grandir…

Puis, alors que je prenais un super jus « detox » à la rondavelle « L’uniVert » à la Saline les bains, j’ai réalisé qu’on me l’avait servi avec une paille en plastique à usage unique. J’ai interpelé le propriétaire qui m’a dit que lui aussi rêvait de s’en débarrasser pour des pailles en bambou mais qu’il ne parvenait pas à se fournir à La Réunion… Cela faisait un moment que j’avais envie de refaire du commerce, mais différemment de ce que j’avais pu faire; j’ai attrapé cette perche.

D’où vous vient cette fibre écolo ?

Petit je rêvais de vivre à la campagne, dans une ferme ou quelque chose comme ça. Ma mère m’a transmis ses passions de la plongée sous-marine et de la nature en général, mon père le don de s’extasier devant un paysage. Je tâche de vivre au mieux dans cet équilibre et de le partager. Je me déplace à 90% à vélo à assistance électrique, aussi pour mes livraisons GoodbyePlastic !, nous consommons local et biologique dans la mesure du possible et sommes très vigilants l’impact environnemental de notre mode de vie.

Pourquoi faire fabriquer ces produits en Thaïlande ?

Ils sont effectivement fabriqués à 6000km de nous. Actuellement, il n’est pas réalisable de les fabriquer à La Réunion. Quand j’ai cherché des fabricants de pailles en bambou je n’en ai trouvé qu’en Asie du Sud-Est et à Madagascar. Ensuite j’ai testé différentes provenances pour voir la qualité de leur produit et j’ai questionné pour valider la qualité humaine et environnementale de leur travail. J’ai choisi de travailler avec une équipe d’artisans basée dans la banlieue de Bangkok pour la qualité de leurs pailles notamment, et aussi pour la transparence totale offerte sur l’origine du bambou (non cultivé, c’est très important pour éviter d’impacter négativement la flore et l’activité agricole), et les conditions dans lesquelles les tiges de bambou sont récoltées et transformées en pailles notamment. Je peux garantir un travail de qualité dans le respect de l’Homme et de la nature. Nos pailles sont bien plus que de simples morceaux de bambou.

Dans quelles conditions sont-elles fabriquées et importées ?

Chaque paille passe entre les mains de cinq personnes différentes. Les tiges sont récoltées en forêt de façon responsable soit dans la jungle en procédant à des coupes sélectives pour garantir une repousse bien utile, soit dans des forêts de parcs naturels où mon équipe y a une autorisation spéciale pour réduire l’empiètement du bambou sur le reste de la flore; comme nous faisons à La Réunion avec le goyavier. Puis les tiges de bambou sont coupées en tronçons qui sont baignés dans une saumure (eau salée, ndlr). Le séchage se fait naturellement au soleil, les tiges sont recoupées à la bonne longueur, poncées pour les rendre agréables au toucher, puis éventuellement gravées. L’emballage est fait de lanière de bambou et de papier kraft, à composter.

De qui se compose votre entreprise ?

Moi seul avec le soutien de ma famille ; mais sans mon équipe thaïlandaise, je ne ferais rien. J’estime mes clients professionnels du commerce ou de la restauration comme de véritables partenaires, certains de la première heure comme Olivier Louterbach de l’UniVert à la Saline-les-Bains ou Aldophe Boyer de Nature&Péi à Saint-Pierre.

Où peut-on trouver vos pailles et brosses à dents ?

Soit en vente en ligne sur goodbyeplastic.fr , soit chez notre quinzaine de revendeurs partenaires un peu partout sur l’île (magasins bio, vrac ou boutique de déco tendance – liste sur le site), certains bars restaurants proposent leur pailles personnalisées à la vente, comme l’UniVert.

Quels sont vos projets ? Pensez-vous élargir votre gamme ?

Je construis une gamme de produits écologiques progressivement en m’appuyant sur le développement du savoir-faire de mes partenaires thaïlandais. Je n’ai pas envie de commercialiser tout et n’importe quoi sous le seul prétexte que c’est en bambou ou à priori écologique. Je vends des produits que j’aime et que je trouve utiles. Pour Noël la nouveauté est le blaireau de rasage, l’objet parfait pour bannir les bombes de mousse à raser de nos salles de bain.

Un message pour inciter les gens à bannir l’utilisation des pailles et brosses à dents en plastique ?

La meilleure sensibilisation est de participer à des opérations de ramassage de déchets. Quand vous aurez collecté des dizaines de pailles et brosses à dent en 1 heure sur notre littoral vous n’en voudrez plus pour vous. Suivez aussi le travail fait par l’association « Bas les Pailles ! » qui milite pour la disparition des pailles en plastique en France.

Le lien vers le site : http://goodbyeplastic.fr/