Abel Kasby, gagnant de notre concours photo sur le thème de l’océan, n’est pas photographe. Il ne se dit même pas amateur. Mais lorsqu’une émotion est présente, que ce soit un téléphone qui capture le moment ou un appareil professionnel, quelque chose s’en dégage. Le Réunionnais de 35 ans se trouve en janvier dernier sur un catamaran au large du Cap Lahoussaye avec des amis. Le soleil, les bières, les blagues… Ce moment de convivialité n’a pourtant rien d’exceptionnel. Mais un arc-en-ciel se dessine au dessus d’une eau huileuse. Le moment est immortalisé.

Le mystère de l’arc en ciel

Cette scène du catamaran résume parfaitement le personnage. Derrière sa bonne humeur et son humour chaleureux, le Dionysien est ouvert à une grande spiritualité. « L’arc-en-ciel a une symbolique très particulière pour moi, explique-t-il. Il y a trois ans, j’étais au Colorado (à la Montagne, ndlr) avec mon chien, comme j’en avais l’habitude et là, un arc-en-ciel est apparu. Au dessus des montagnes et de la mer. Mais sa particularité était que les couleurs s’étaient multipliées pour former trois arcs-en-ciel ». Un tableau auquel Abel ne s’attendait pas et d’une telle beauté qu’il s’est vu pris d’émotion et de larmes.

Le lendemain, il apprendra une nouvelle qui changera sa vie à jamais. Une nouvelle pour laquelle le lieu du Colorado tient une place capitale. « Depuis, l’arc-en-ciel est un symbole qui revient sans arrêt ».

Le ressenti d’un instant

Il était donc naturel de le prendre en photo. « C’est l’instant et le ressenti qui m’intéresse plus que l’esthétique ». Son téléphone est d’ailleurs rempli de photos abstraites de couleurs et de formes qu’il remarque là où certains ne verraient rien. « Beaucoup de reflets sur l’eau d’ailleurs, maintenant que j’y pense ».

Avant qu’Abel ne s’aventure dans une exploration astrale, comme à son habitude, le trentenaire raconte son parcours et comment il est retombé amoureux de La Réunion. Jeune adulte, il gérait une boutique de prêt-à-porter à Saint-Denis. « Puis j’avais envie de voir autre chose, raconte-t-il, et je suis parti huit mois à Sydney en Australie sans aucun mot d’Anglais ». Après l’Australie, c’est la ville de Barcelone qui l’a accueilli pendant trois ans. C’est en partant qu’Abel a réalisé qu’il voulait rentrer chez lui.

C’est ensuite une vie tranquille qu’il mène pendant quelques années en travaillant dans l’immobilier et passant son temps libre à faire du bodyboard. « Et un jour, alors que je disais à ma mère que j’avais envie de changer de voie, une dame nous a entendus et m’a donné l’idée d’être steward ». Et voilà 10 ans qu’il est dans les avions. Partir pour mieux revenir, encore et encore.

Car le voyage physique, c’est connu, est également une odyssée de l’esprit. Son rêve, d’ailleurs, partir en vacances, rien qu’une fois, sans prendre de photos. « Pas une seule, pour vraiment profiter du moment présent ». « Au risque de le regretter, une fois le voyage terminé », avoue-t-il. En tout cas, nous sommes bien contents qu’il ait pris le temps de prendre celle-là.